A l’abri de rien – Olivier Adam

Publié le par Mona

A-l-abri-de-rien---Olivier-Adam.jpg

 

Marie s'est retrouvée femme au foyer un peu malgré elle après avoir perdu son travail. Elle habite Sangatte, où le chômage fait rage, la misère aussi. Peu à peu elle a sombré dans la dépression, indifférente à son mari et à ses deux enfants. Un jour, un peu par hasard, elle s’attarde devant la tente où sont servis des repas chauds aux immigrants clandestins. Elle décide de donner un coup de main, sans véritable motif, peut-être pour combler un vide. Mais comment faire face à toute cette misère, comment redonner un peu de dignité à ces fugitifs qui se cachent pour échapper à une reconduite à la frontière ? C’est d’autant plus difficile que Marie est très fragile. Alors elle se lance corps et âme dans cette mission, au risque d’y perdre tout ce qu’elle a, y compris sa raison.


Une claque. C’est la première fois que je lis cet auteur, ce ne sera sûrement pas la dernière. Olivier Adam part d’un fait réel, celui de la fermeture du camp de Sangatte, où étaient accueillis tous ces immigrés clandestins que l’on appelle les « Kosovars » mais qui viennent de différents horizons. La fermeture du camp a précipité la condition de ces hommes, femmes et enfants vers une précarité encore plus grande, une déshumanisation totale. Ils sont toujours là, dans des abris de fortune, à espérer passer la frontière et s’établir en Angleterre.


Ce qui m’a le plus touchée dans ce roman c’est la manière qu’a l’auteur de se mettre dans la peau de Marie, de dépeindre sa dépression, sa lente plongée dans l’enfer, la folie qui la guette. On en oublierait presque que c’est un homme qui écrit ! Car son écriture est sèche, dure mais réaliste. Il parvient à nous emmener dans les recoins les plus enfouis de l’âme de son héroïne, et ça sonne vrai. On comprend les blessures enfouies de Marie, sa volonté d’aider pour échapper à ses propres démons, on a mal pour ses enfants, on est secoué par la situation de ces immigrés.


Un roman captivant  et bouleversant.


Extrait :


« Le lendemain matin quand je suis descendue à la cuisine, les petits mangeaient leurs céréales et je les ai vus troubles dans la lumière moche. Je n’avais pas dormi beaucoup plus d’une heure. Je me suis frotté les yeux à me faire exploser la rétine, et mes pupilles brûlaient sous le crin des paupières. J’ai regardé autour de moi et le linge qui sortait du hublot de la machine, le carrelage poisseux, les meubles où prenait la poussière, le tapis couvert de miettes et de saletés, les traces de doigts sur le verre de la table basse, des vitres, du four, toutes ces choses qui traînaient et qu’il faudrait ranger à un moment ou à un autre, le paquet de céréales éventré les fourchettes les couteaux les cuillers, les biscuits la bouteille de lait et au salon les jouets les magazines les legos les puzzles, la cannette de bière le tire-bouchon le cendrier plein la couverture le paquet de mouchoirs, la serviette les deux peluches la Barbie la Game Boy, les cahiers les crayons les feutres la boîte d’aspirine, rien n’avait de sens. J’ai bu deux cafés et je suis remontée. Dans la salle de bains, j’ai eu beau m’asperger d’eau, me mouiller les mains les bras la nuque le visage, dans la glace cette peau livide et ces cheveux plaqués, cette vie même à qui ça pouvait bien appartenir ? Je ne reconnaissais rien.

J’ai senti qu’on tirait sur ma robe. C’était Lise et de sa petite voix, elle a dit qu’on allait encore être en retard. »

(p.54-55)



A l'abri de rien - Olivier Adam

L'Olivier, 2007, 219 p.

ISBN: 978-2-87929-584-8X

Commenter cet article

Anis 08/03/2011 06:54


Olivier Adam ça secoue toujours; il a une écriture toujours qui appuie là où ça fait mal mais ce n'est jamais gratuit.


Mona 11/03/2011 15:28



Oui c'est une vraie découverte pour moi, même si je voulais le lire depuis longtemps.