Jeux croisés – Marie Sizun

Publié le par Mona

 

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Destins croisés :


Marthe a tout perdu : son mari vient de la quitter pour une autre femme plus jeune qu’elle, définitivement. En plus il va être papa, alors qu’il ne parlait jamais d’avoir d’enfants avant. Marthe n’a rien vu venir, alors c’est un cataclysme pour elle. Après le départ de son mari, tout est terne pour elle. En plus c’est les vacances, que va-t-elle faire ?


Alice est une très jeune maman. Elle doit s’assumer toute seule, travailler et s’occuper de son bébé. Cela lui pèse de plus en plus, surtout que cette grossesse était un accident et qu’elle ne sait pas vraiment qui est le père. Sans ce bébé, elle serait beaucoup plus libre, elle pourrait quitter ce boulot qui l’ennuie, sortir le soir, etc… Mais voilà la réalité la rattrape et elle a du mal à y faire face.


Un jour, ces deux femmes vont se croiser, et leurs destins seront irrémédiablement liés. L’une va avoir un geste de folie, l’autre un moment de fatigue, et finalement c’est Ludo, le bébé, qui va bouleverser la vie de ces deux femmes.


Marie Sizun est une écrivaine que j’apprécie beaucoup. Lors de la parution de ce livre, elle est venue nous rencontrer à la bibliothèque locale et ce fut un moment très sympathique, convivial. Bien sûr je suis repartie de là avec le livre dédicacé de ses mains et le souvenir d’une personne très agréable à écouter, très accessible aussi.


On retrouve dans cet opus la « patte » de Sizun : une facilité à décrire si justement toutes les phases émotionnelles par lesquelles peuvent passer ses personnages, un amour des mots, l’art de nous mettre en haleine dès le début pour du récit, et bien sûr la Bretagne comme toile de fond.


Bref, un gros coup de cœur. A conseiller, évidemment !

 

Extraits :


« C’est alors, voyant sans doute que tout allait bien, que, finalement, elle réagissait mieux qu’il n’aurait cru, oui, c’est à ce moment qu’il l’a regardée d’une façon qu’elle a trouvé bizarre et qu’il lui a annoncé – à peine une petite hésitation dans la voix – cette autre chose, cette chose incroyable, cette chose folle, qu’il allait avoir, de cette femme dont maintenant il partageait la vie, un enfant.

Elle a entendu, mais, d’abord, elle n’a pas été tout à fait sûre de bien comprendre.

Ils étaient tous les deux assis devant la table où il avait déposé toutes sortes de papiers – les imprimés pour le divorce, les pièces d’identité, les relevés de salaire -, cette même table où ils avaient si longtemps partagés leurs repas ; ils parlaient depuis un moment, sur un ton presque amical, quand, soudain, avec un peu d’hésitation, il lui avait dit ça, cette chose-là. Doucement. Cette histoire d’enfant.

Elle n’avait pas saisi tout de suite.  Pourtant, c’étaient bien ces mots-là, les mots qu’on emploie pour dire ça : il allait avoir un enfant, il avait fait un enfant à une autre femme.

A cette femme-là. A cette fille appelée Olga, c’est bien ça ? Si vulgaire. Si quelconque. Cette nouvelle collègue dont, en mentionnant l’arrivée dans leur bureau, il y a quelques mois, il parlait avec une telle condescendance.

Qu’il en ait fait sa maîtresse avait été difficile à admettre. Mais qu’il en ait voulu un enfant ?

Impossible. »

(p.16-17)

 

« Alice n’a pas fait exprès d’avoir le petit Ludo. Juste oublié la pilule un soir. Et pourquoi avoir gardé le bébé ? Parce qu’il était trop tard. Elle est distraite, Alice, elle avait laissé courir. Il y avait bien une autre solution, on la lui a proposée – confier le bébé à l’Assistance publique – mais ça, elle n’a pas voulu : il était tellement mignon.

C’est vrai qu’un bébé, au début, ça l’amusait : si petit, Ludo, si drôle à habiller, si adorable avec ses grands yeux bleus – les yeux de Jacky ou de Vincent ? Elle n’avait jamais su ; en tout cas sûrement pas Max. D’ailleurs, quelle importance ? Puisque, de toute façon, aucun des trois ne s’était jamais vraiment posé la question.

Mais c’est fou ce qu’il a grandi vite, ce bébé ; ce qu’il prend de place à présent ; ce qu’il pèse. Elle n’aurait pas cru qu’un petit enfant ça devienne aussi lourd ; que ça vive autant. Elle l’aime bien, son fils, mais elle est épuisée de faire pour lui tant de gestes, épuisée de le porter, de le laver, de le nourrir.

Oui, c’est ce poids qui lui semble maintenant étrange, le poids de ce petit corps quand, le matin, elle descend l’escalier avec lui dans les bras pour le conduire à la crèche, ou le soir, quand elle va le reprendre, et qu’après avoir fait les courses, parfois, elle remonte chez elle le bébé sur un bras tout en traînant les provisions de l’autre. »

(p.61-62)

 


Jeux croisés - Marie Sizun

Arléa, Collection 1er mille, 2008, 249 p.

ISBN: 978-2-869-59825-6

 

Existe aussi en poche:

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Jeux croisés - Marie Sizun

LGF, Collection Livre de Poche, 2010, 248 p.

ISBN: 978-2253127895

Commenter cet article

Anis 22/01/2011 19:43


Je viens de terminer "La femme de l'allemand" que j'ai beaucoup aimé. Je l'ai dévoré. Je suis tombée "en affinité" avec cette auteure. Définitivement. Je lirai bientôt ce livre.


Mona 26/01/2011 17:22



J'ai aussi lu "La femme de l'allemand" et "Le père de la petite" et j'avais beaucoup aimés. Celui-ci devrait te plaire alors !



sylire 07/01/2011 21:27


@Mona : nous sommes d'accord sur la personne comme sur la romancière !


Mona 07/01/2011 22:24



J'ai en effet remarqué sur ton blog que tu es très fan toi aussi ! :)