Le lion – Joseph Kessel

Publié le par Mona

 

 

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Un visiteur arrive dans le parc Royal du Kenya pour y passer quelques jours, au cours d’un long périple en Afrique. Il y rencontre Patricia, une petite fille de 10 ans qui évolue parmi les animaux sauvages avec une aisance surprenante. Il s’agit de la fille de l’administrateur du Parc, John Bullit, et de sa femme, Sybil. Si John est fasciné par le don de sa fille, sa femme est terrorisée. En effet, la petite passe ses journées dans la brousse aux côtés d’un lion avec qui elle entretient une relation fusionnelle. Cela intrigue notre visiteur qui décide de prolonger son séjour.


Ce roman ne se présente plus, tant il est connu. Même s’il a été écrit en 1958, il n’est pas du tout défraîchi, il nous captive toujours autant. Joseph Kessel a l’art et la manière de nous décrire ces couleurs, ces odeurs, cette atmosphère si particulière à la savane qu’on s’y croirait presque. Nous avons un aperçu des coutumes tribales locales, en particulier celles du peuple Masaï. Nous découvrons aussi peu à peu la psychologie des membres de la famille Bullit qui s’aiment plus que tout mais qui pourtant vivent dans une souffrance permanente dûe à leurs visions diamétralement différentes de la vie.


C’est un classique, mais c’est grandiose. A lire absolument ou à relire.


Extrait :


« Gazelles, antilopes, girafes, gnous, zèbres, rhinocéros, buffles, éléphants – les animaux s’arrêtaient ou se déplaçaient au pas du loisir, au gré de la soif, au goût du hasard.

Le soleil encore doux prenait en écharpe les champs de neige qui s’étageaient au sommet du Kilimandjaro. La brise du matin jouait avec les dernières nuées. Tamisés par ce qu’il restait de brume, les abreuvoirs et les pâturages qui foisonnaient de mufles et de naseaux, de flancs sombres, dorés, rayés, de cornes droites, aiguës, arquées ou massives, et de trompes et de défenses, composaient une tapisserie fabuleuse suspendue à la grande montagne d’Afrique.

Quand et comment je quittai la véranda pour me mettre en marche, je ne sais. Je ne m’appartenais plus. Je me sentais appelé par les bêtes vers un bonheur qui précédait le temps de l’homme.

J’avançai sur le sentier au bord de la clairière, le long d’un rideau formé par les arbres et les buissons. Mon approche, au lieu d’altérer, dissiper la féérie, lui donnait plus de richesse et de substance.

Chaque pas me permettait de mieux saisir la variété des familles, leur finesse ou leur force. Je discernais les robes des antilopes, le front terrible des buffles, le granit des éléphants.

Tous continuèrent à brouter l’herbe, à humer l’eau, à errer de touffe en touffe, de flaque en flaque. Et je continuai à cheminer. Et ils étaient toujours là, dans leur paix, dans leur règne, chaque instant plus réels, plus accessibles.

J’avais atteint la limite des épineux. Il n’y avait qu’à sortir de leur couvert, aborder le sol humide et brillant pour connaître, sur leur terrain consacré, l’amitié des bêtes sauvages.

Rien ne pouvait plus m’en empêcher. Les réflexes de la prudence, de la conservation étaient suspendus au bénéfice d’un instinct aussi obscur que puissant et qui me poussait vers  l’autre univers.

Et qui, enfin, allait s’assouvir.

Juste à cet instant, un avertissement intérieur m’arrêta. Une présence toute proche s’opposait à mon dessein. Il ne s’agissait pas d’un animal. J’appartenais déjà à leur camp, à leur monde. L’être que je devinais – mais par quel sens ? – appartenait à l’espèce humaine.

J’entendis alos ces mots, en anglais :

-Vous ne devez pas aller plus loin.

Deux ou trois pas me séparaient au plus de la silhouette fragile que je découvris dans l’ombre d’un épineux géant. Elle ne cherchait pas à se cacher. Mais comme elle était parfaitement immobile et portait une salopette d’un gris éteint, elle semblait faire partie du tronc auquel elle s’appuyait.

J’avais en face de moi un enfant d’une dizaine d’années, tête nue. Une frange de cheveux noirs et coupés en boule couvrait son front. Le visage était rond, très hâlé, très lisse. Le cou, long et tendre. De grands yeux bruns qui semblaient ne pas me voir étaient fixés sans ciller sur les bêtes.

A cause d’eux, j’éprouvai le sentiment très gênant de me voir surpris par un enfant à être plus enfant que lui. »

(p.15-17)



Le lion - Joseph Kessel

Gallimard, Collection Folio, 243 p., 1958, rééd. 2009.

ISBN: 978-2-07-036808-2                                                                                                                                             

                                             

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Anis 03/01/2011 19:52


J'avais adoré quand je l'avais lu car peut-être approche-t-on l'union impossible, l'extrême différence, le regret aussi de cette distance entre nous et la nature sauvage.


Mona 03/01/2011 21:19



Et Kessel le décrit très bien.



Tiphanya 03/01/2011 15:08


J'ai beaucoup aimé ce livre, qui malgré ma vision "anti-tourisme" en Afrique, me donne envie de séjourner dans un lodge au coeur d'un parc !


Mona 03/01/2011 21:16



C'est vrai que ça donne envie...