Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

Publié le par Mona

 

Un bucher sous la neige - Susan Fletcher


Nous sommes à Edimbourg, en 1692. Jacques II a été détrôné et exilé par Guillaume d’Orange, roi en titre au moment du récit. Charles Leslie, pasteur jacobite irlandais, est un fervent partisan de la réhabilitation sur le trône de Jacques II. Il a entendu dire que tout au Nord d’Ecosse, dans les Highlands, le clan des MacDonald venait d’être massacré. Il soupçonne que les meurtriers ont été mandatés par Guillaume d’Orange. Il décide de partir en Ecosse pour faire son enquête. Mais il doit rester discret, car tout comploteur à l’égard du roi risque l’échafaud.


Arrivé à proximité de Glencoe, le fief des MacDonald, il apprend qu’une femme est emprisonnée pour sorcellerie. Elle sera condamnée au bûcher dès la fonte des neiges. Elle prétend avoir vécu à Glencoe et assisté au massacre. Malgré le dégoût qu’elle lui inspire, Charles décide de rencontrer cette femme au fond de son cachot humide pour recueillir son témoignage. Mais il y trouvera bien plus que de simples renseignements.


Car le récit de Corrag est long, très long. Avant de livrer les détails du massacre, elle raconte sa vie dans ses moindres détails. Elle raconte comment sa mère et sa grand-mère ont elles aussi été accusées de sorcellerie et sacrifiées pour cela. Elle raconte sa fuite éperdue au dos de sa jument jusque dans cette contrée lointaine où elle s’est enfin sentie chez elle. Elle dévoile sa véritable identité : celle d’une femme libre, vivant en harmonie avec la nature, soignant les autres par les plantes.


Le récit alterne entre les tranches de vie contées par Corrag et les lettres que Charles écrit à son épouse, le soir venu. Il y livre ses réflexions, ses doutes. On remarque qu’au fil des jours, l’opinion de Charles à l’égard de celle que l’on surnomme la sorcière, la diablesse, change. Qu’est-ce qu’une sorcière après tout ? Comment peut-on arriver à condamner à mort un être célébrant la vie, incapable de faire du mal à ne serait-ce qu’une mouche ?


Ce roman est captivant, bouleversant. Un beau portrait de femme. Une ode à la vie, à la nature, aux femmes. C’est sans conteste un gros coup de cœur pour moi, peut-être même celui de l’année. A lire absolument !


Un grand merci à Liliba pour ce livre voyageur qui m’a vraiment transportée !

 

Extraits :


« Vous me regardez d’un air triste. Pourquoi donc ? Voyez ce que j’ai trouvé. Voyez où j’ai habité, et l’endroit que j’ai appelé chez moi. Allez à Glencoe. Levez les yeux vers ses crêtes, et vous comprendrez, vous comprendrez quel présent c’était de vivre là. Quel présent, de suivre ces vaches. J’avais du lait, un âtre et une peau de biche pour me coucher. Et si je criais mon nom les rochers me le répétaient. Corrag…Les chouettes le hululaient.

Solitaire ? Moi ?

Jamais, et toujours. Ça venait de sorcière, rien que ce mot. Quand est-ce que je n’ai pas du tout été solitaire au fond de moi ? Guère souvent. Voir la beauté vraie de la nature peut chasser la solitude, car les soleils couchants et les lumières d’hiver vous font dire en vous je ne suis pas seul, vous le sentez devant tant de splendeur. Mais ça peut aussi la rendre plus aiguë. Elle est douloureuse quand on voudrait avoir quelqu’un avec soi. En voyant cette beauté, on pense quelquefois ça ne compte pas autant qu’eux.

Et pauvre ? Vous croyez qu’à Glencoe j’étais pauvre ? Loin de là. Sans argent, oui. Mais est-ce que l’argent peut donner la vraie richesse ? Les gens semblent courir après les faveurs ou un titre, comme si c’était ça l’important, comme si une monnaie ou deux apportait le bonheur. Comme si le monde naturel et la place qu’il nous offre ne valaient rien, comparé à une bourse bien remplie ou au titre de comte, de duc. C’est peut-être vrai pour eux. Pas pour moi, à aucun moment. J’étais plus riche que jamais, assise jambes croisées parmi les dernières digitales, à regarder une grosse abeille vivre sa vie. Elle s’enfonçait dans une fleur, il n’y avait plus que son derrière qui dépassait, elle s’arrêtait de bourdonner, puis elle ressortait lentement avec un bourdonnement plus fort et des ailes poudrées. Elle allait de fleur en fleur. Et moi qui l’observais pendant des heures, je pensais être plus riche grâce à elle que si on m’avait couverte d’or.

Pauvre ? Non. Solitaire ? Un peu, au fond de moi. »

(p.153-154)

 

« Il y a des gens qui parlent du destin. Moi, je n’utilise pas ce mot. Je pense que nous avons des choix à faire. Je pense que c’est nous qui traçons le chemin de notre vie et qu’il ne faut pas mettre tous nos espoirs dans les songes et les étoiles. Peut-être pourtant que les songes et les étoiles peuvent nous guider. Et la voix du cœur est forte. Toujours.

L’écouter, voilà mon conseil. Si mon récit doit s’arrêter, prenez ça comme la seule chose que j’ai à dire sur la vie et la manière de la mener (car ma vie ne touche-t-elle pas à sa fin ?). La voix du cœur est la voix de la vérité. C’est plus facile de ne pas l’entendre, parce qu’elle donne quelquefois un avis qui nous contrarie, et risquer de perdre ce que nous avons est bien dur. Mais quelle vie menons-nous si nous refusons d’écouter notre cœur ? Une vie qui n’est pas vraie. Et la personne qui la vit n’est pas vraiment nous.

Je dis là seulement ce que je pense. Peu de gens pensent ça. »

(p.163-164)

 


Un bûcher sous la neige - Susan Fletcher

Traduit de l'anglais pas Suzanne V. Mayoux

Plon, 2010, 390 p. (Feux Croisés)

ISBN: 978-2259211413

Commenter cet article

Anis 01/05/2011 22:11


Il faut absolument que j'emprunte ce livre à la médiathèque s'il est disponible. Je ne lis que des éloges le concernant, en plus le thème forcément me tient à coeur.
J'espère que tu as bien profité de ce magnifique printemps et des vacances ! Bonne soirée.


Mona 04/05/2011 17:13



Oui cet ouvrage te plaira sûrement, c'est une très belle histoire de femme. Si tu ne peux pas te le procurer, je suis sûre que Liliba serait d'accord de te mettre sur la liste de ce livre
voyageur !