La mécanique du cœur – Mathias Malzieu

Publié le par Mona

 

 

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Edimbourg, 1874. C’est le jour le plus froid du monde, celui où une jeune fille se rend chez Madeleine, une sage-femme surnommée « la sorcière », pour accoucher. Or il fait tellement froid que le cœur du bébé gèle. Alors Madeleine lui improvise un cœur de bois, ou plus exactement une horloge à coucou. Et l’enfant vivra. Abandonné par sa mère,  il trouvera chez Madeleine tout l’amour dont il a besoin, et profitera de son expertise pour maintenir son cœur de fortune en bonne condition.  Son cœur est fragile, il ne doit pas éprouver de trop vives émotions, colère ou joie. Seulement voilà : un jour il tombe nez à nez avec une jolie petite chanteuse espagnole qui lui fait tourner la tête. Pour elle, il abandonne tout pour aller la retrouver en Andalousie, au risque de détruire son cœur de bois au passage.

 

On est transporté dans ce conte fantastique, tendre, drôle et cruel à la fois. On pense tout de suite à l’univers de Tim Burton, et plus exactement à "L’ étrange Noël de Mr Jack " : un aspect gothique, fantastique, et pourtant des personnages attachants, avec leurs fêlures.

 

Ce conte a été écrit par Mathias Malzieu, le chanteur du groupe Dionysos. Après la sortie du livre, le groupe a créé un album autour de ce conte, en y alliant des voix connues comme Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, Eric Cantonna, Emily Loizeau, Arthur H, Babet, Rossy de Palma, Jean Rochefort, Alain Bashung…du beau monde, quoi !  Et en plus, un film d’animation sortira fin 2012, affaire à suivre donc…Pour plus d'infos, le site officiel c'est par (avec la vidéo du making-off du disque, et des extraits des chansons).

 



Extrait :

 

« "On m’avait pourtant prévenue de ne pas monter en haut d’Arthur’s Seat. On m’avait bien dit que cette femme était folle", pense ma mère ; La pauvre fille a l’air morte de froid. Si le docteur parvient à réparer mon cœur, je crois qu’elle aura encore plus de boulot avec le sien…Moi, j’attends tout nu, allongé sur l’établi qui jouxte le plan de travail, le torse coincé dans un étau en métal. Je commence sérieusement à me cailler.

Un très vieux chat noir avec de manières de groom est perché sur la table de la cuisine. Le docteur lui a fabriqué une paire de lunettes. Monture verte assortie à ses yeux, la classe. Il observe la scène d’un air blasé – il ne lui manque plus qu’un journal économique et un cigare, à celui-là.

Docteur Madeleine se met à farfouiller sur l’étagère des horloges mécaniques. Elle en sort nombre de modèles différents. Des anguleuses à l’allure sévère, des rondelettes, des boisées, et des métalliques, prétentieuses jusqu’au bout des aiguilles. D’une oreille elle écoute mon cœur défectueux, de l’autre les tic-tac. Ses yeux se plissent, elle ne semble pas satisfaite. On dirait une de ces vieilles pénibles qui prennent un quart d’heure pour choisir une tomate au marché. Pui, tout à coup, son regard s’éclaire. "Celle-ci !" s’écrie-t-elle en caressant du bout des doigts les engrenages d’une vieille horloge à coucou.

L’horloge doit mesurer environ quatre centimètres sur huit, elle est toute en bois sauf le mécanisme, le cadran et les aiguilles. La finition est assez rustique, "du solide", pense le docteur tout haut. Le coucou, grand comme une phalange de mon petit doigt, est rouge aux yeux noirs. Son bec toujours ouvert lui donne un air d’oiseau mort.

 "Tu auras un bon cœur avec cette horloge ! Et ça ira très bien avec ta tête d’oiseau", dit Madeleine en s’adresseant à moi.

Ca ne me plaît pas trop cette histoire d’oiseau. En même temps, elle essaie de me sauver la vie, je ne vais pas chipoter.

Docteur Madeleine enfile un tablier blanc – cette fois c’est sûr, elle va se mettre à cuisiner. Je me sens comme un poulet grillé qu’on aurait oublié de tuer. Elle fouille dans un saladier, choisit des lunettes de soudeur et couvre son visage avec un mouchoir. Je ne la vois plus sourire. Elle se penche sur moi et me fait respirer de l’éther. Mes paupières se ferment, souples comme les persiennes d’un soir d’été très loin d’ici. Je n’ai plus envie de crier. Je la regarde tandis que le sommeil me gagne lentement. Tout est arrondi chez elle, les yeux, les pommettes ridées façon reinettes, la poitrine. Une vraie machine à s’emmitoufler. Même que lorsque je n’aurai pas faim, je ferai semblant que si. Juste pour lui croquer les seins. »

 

(p.15-16)

 

 


La mécanique du coeur - Mathias Malzieu

Flammarion, Collection J'ai Lu, 2007, 156 p.

ISBN: 978-2-290-01245-1

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Commenter cet article

Luna 01/02/2011 16:30


Je l'ai lu l'année de sa sortie, autant dire que ce n'est pas vraiment récent, mais j'avais beaucoup aimé !

Merci d'être passée sur mon blog et d'avoir laissé ta trace, ça m'a fait très plaisir =)


Mona 04/02/2011 15:24



Oui c'est vrai qu'il n'est pas récent, je l'ai lu en poche, mais  pour moi c'était une découverte ! :)



Florinette 01/02/2011 16:17


J'avais beaucoup aimé le film de Tim Burton et c'est vrai que la couverture de ce livre y fait penser...


Mona 04/02/2011 15:26



Et la bande annonce aussi. Je ne suis pas sûre que la vidéo aie passé sur mon blog, mais en allant sur le site officiel tu peux la visualiser :)



Miss Alfie 31/01/2011 10:56


Déception pour moi, je n'ai pas réussi à rentrer dans l'univers de Malzieu, malgré toute l'envie que j'avais de le découvrir...


Mona 31/01/2011 22:05



Oui j'ai vu ton billet. Comme quoi, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas...;)



Anis 26/01/2011 18:28


Oui, c'est une très belle histoire. J'aime bien ce renouveau autour des contes , comme coeur cousu aussi de Carole Martinez. Sylvie Germain déjà avec le livre des nuits avait expérimenté cet
univers mi-féérique, mi-fantastique.


Mona 31/01/2011 22:08



Coeur cousu est dans ma LAL depuis très longtemps...Quant au livre des nuits, je ne connais pas, pourtant j'aime bien cet auteur. A creuser donc...