Il a jamais tué personne, mon papa – Jean-Louis Fournier

Publié le par Mona

 

Il a jamais tué personne mon papa - Jean Louis Fournier po

 

Un petit garçon décrit son papa au travers de courtes anecdotes. Son papa est médecin, mais médecin des pauvres car au lieu se faire payer en argent il accepte de se faire payer en nature, ou plutôt en alcool. A la fin de ses tournées, il revient ivre la plupart du temps. Quelquefois il en devient menaçant envers sa propre femme et ses enfants. Il passe aussi beaucoup de son temps libre au bistrot du coin, à dépenser ce qu’il lui reste d’argent, au détriment de sa famille dans le besoin.

Le petit garçon, c’est Jean-Louis Fournier, qui raconte les ravages de l’alcool sur son propre père vus au travers de ses yeux d’enfant d’époque. Ce livre touche un sujet très dur, mais l'auteur prend le parti d’en rire. Il emploie un ton enfantin qui rappelle un peu celui du Petit Nicolas, alors que ce qu’il raconte est loin d’être drôle.

Un petit livre fort, touchant et qui nous fait rire malgré tout.


 

Extraits :

 

"Quand papa n’était pas là et que c’était maman qui ouvrait, les clients lui demandaient souvent des conseils. Quand c’étaient des choses pas compliquées, maman, elle les renseignait ; quand c’était drôle, elle nous racontait.

Une fois, il y a une cliente qui est venue expliquer à maman que son mari, il avait pas voulu manger les sangsues que papa il avait marquées sur l’ordonnance, pourtant elle les avait fait cuire dans du beurre et du persil.

Une autre fois, maman ouvre la porte à une cliente qui n’a pas l’air très contente.

Elle est en colère contre papa, parce qu’il a dit que son mari avait « un derrière d’homme trop mince ». Elle dit que c’est pas vrai.

Maman elle ne comprend pas bien, mais elle veut rassurer la cliente, elle lui dit qu’elle a du mal à comprendre, que c’est pas le genre de papa de dire des choses pareilles. En même temps, maman a envie de rire…

Papa, il avait dit que son mari, il avait du « delirium tremens ». C’est du latin, ça veut dire « délire tremblant », c’est une maladie très grave, une sorte de folie  qui atteint les alcooliques.

J’ai compris la cliente. Je suis sûr que maman non plus, elle aurait pas aimé que son mari, il ait un derrière d’homme trop mince."


 

"Les clients savaient que papa buvait. Je me souviens, un jour, il y a un client en colère qui a dit à maman que papa buvait plus que toute la Pologne. Mais nous, la famille, on essayait encore de le cacher.

Je me souviens, un soir, papa il était rentré très fatigué. Il était tombé dans l’entrée, il avait pas pu se relever et il dormait sur le carrelage, allongé dans le couloir, près de la porte.

On a sonné. On ne pouvait pas bouger papa, il était trop lourd. Alors, maman, elle a été ouvrir en restant devant papa pour le cacher. C’étaient des clients, une dame et un monsieur. Maman, elle les a poussés en vitesse dans la salle d’attente. Puis elle s’est occupée de papa. On lui a fait boire du café très fort, mais ça suffisait pas, il se rendormait. Enfin, il  a réussi à se relever, mais il est monté  se coucher.

C’est quand on a décidé d’aller tous se coucher qu’on a entendu tousser dans la salle d’attente. Les clients, on les avait complètement oubliés. Ils étaient restés plus de deux heures à attendre. Ils pouvaient même pas lire Paris Match, ils étaient dans le noir.

Maman, elle avait oublié de leur allumer la lumière."

 


Il a jamais tué personne, mon papa / Jean-Louis Fournier

Stock, 143 pages, 2008 (réédition).

ISBN : 2-234-06204-7

 

Version poche :

Il a jamais tué personne, mon papa / Jean-Louis Fournier

Stock, 149 pages, 2008.

ISBN : 2-253-14867-8

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Commenter cet article

La Nymphette 03/03/2010 06:08


Les thèmes de JL FOURNIER ont l'air souvent durs quand même! Mais les extraits que tu as choisis donnent envie ...


Mona 03/03/2010 14:56


Les thèmes sont difficiles en effet, mais J.L. Fournier utilise l'humour pour désamorcer tout ça, et je trouve que ça marche. En plus c'est un livre très rapide à lire !