Le mec de la tombe d’à côté – Katarina Mazetti

Publié le par Mona

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Je pense que 99% de la blogosphère a lu ce livre, mais voici quand-même mon humble avis…


Désirée est bibliothécaire, jeune et veuve. Elle vient régulièrement sur la tombe de son défunt mari. Là elle croise Benny, agriculteur qui vient rendre visite à ses parents, enterrés juste à côté. Tous les oppose : leurs styles de vie, leurs occupations, leurs centres d’intérêts…tout, à commencer par les tombes sur lesquelles ils viennent se recueillir : l’une est très sobre, et l’autre est on ne peut plus tape-à-l’œil. Au début, chacun est agacé par l’autre, ses manières, sa tenue vestimentaire etc…Pourtant ils vont se rapprocher et une véritable passion va naître. Mais passés les premiers jours, se pose la question de la pérennité de leur couple : comment faire pour concilier leur relation et leurs vies si différentes ? Est-ce que l’un d’entre eux va se « sacrifier » pour l’autre ?


C’est un « roman d’été » je dirais. J’ai trouvé le début très drôle, agréable à lire, mais la fin m’a laissée un peu…sur ma faim. Bref, une lecture plaisante, mais qui ne m’a pas marquée tant que ça.


A lire quand on veut passer un bon moment, sans se triturer les méninges !

 

Extraits:

 

"Je sortis mon calepin fourre-tout. C’est un petit carnet bleu à la couverture rigide avec la photo d’un voilier  sur une mer bleue. J’écrivis :

«Evidemment que les bords de la plaie luttent pour se refermer et que l’horloge biologique voudrait qu’on la remonte.»

Je sais pertinemment que ce n’est pas de la Poésie que j’écris. J’essaie simplement de saisir l’existence en images. Je le fais pratiquement tous les jours, un peu comme d’autres dressent des listes de choses à faire pour agencer leur quotidien. Personne n’aura jamais à lire mes vers – pas plus que je ne raconte mes rêves aux gens. A chacun sa méthode pour appréhender la vie.

Le Forestier me lorgna un peu timidement. Vas-y, rince-toi l’œil, pensai-je, tu n’as qu’à te dire que je suis une ménagère méticuleuse qui prépare le budget de la semaine.

Juste au moment où je remettais le capuchon de mon stylo-plume (j’ai réussi à en trouver un – la versification se fait de préférence à la plume), une maman et sa petite fille de trois, quatre ans, un arrosoir à la main, se sont arrêtées devant la tombe voisine de celle du Forestier. L’arrosoir était rose vif et brillant, il avait l’air tout neuf, et la petite le portait comme s’il s’agissait des joyaux de la couronne. Sa maman a commencé à s’affairer avec des vases et des fleurs, alors que la petite fille sautillait parmi les tombes et jouait avec son arrosoir. Soudain elle s’est plaqué la main sur la bouche, l’air effaré et les yeux ronds comme des billes :

- Oh maman ! J’ai arrosé le panneau ! Maintenant Papi va encore se mettre en pétard !

J’ai senti les coins de ma bouche s’étirer vers le haut et j’ai jeté un œil sur le Forestier. Et juste à cet instant, il m’a regardée.

Lui aussi souriait. Et…

Impossible de décrire ce sourire-là sans plonger dans le monde merveilleux des vieux standards de bal-musette.

Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d’oiseaux et des reflets sur un lac de montagne. Le Forestier me l’adressait, confiant et fier comme un enfant qui tend un cadeau d’anniversaire dans un paquet malmené. Ma bouche est restée étirée jusqu’aux oreilles. Et un arc de lumière a surgi entre nous, j’en mets ma tête à couper encore aujourd’hui – un de ces arcs bleus que mon prof de physique produisait avec une sorte d’appareil.  Il s’est écoulé trois heures, ou trois secondes.

Puis chacun de nous a tourné la tête pour regarder droit devant, tous les deux en même temps, comme tirés par une même ficelle. Des nuages sont venus voilier le soleil, et derrière mes paupières fermées je me suis fait une rediffusion en boucle et au ralenti de son sourire. "


"Elle s’assied et me reluque comme si j’étais un chèque en bois – un truc pénible, mais pas son problème. Puis elle pousse un profond soupir et tire une sorte de cahier d’un gros sac à fleurs. Elle dévisse méticuleusement le capuchon d’un style – un stylo plume ?  Je ne pensais pas qu’on s’en servait encore depuis l’invention du Bic – et elle se met à écrire, lentement et méticuleusement.

Ca éveille évidemment ma curiosité, terriblement. Qui est cette femme qui prend des notes devant une tombe ? Est-ce qu’elle tient le registre des maris qu’elle a tués ? Tout à coup elle me lorgne et j’entends un bref reniflement autoritaire : elle a vu que je l’observais. Pour me venger de son attitude arrogante, j’essaie de me l’imaginer avec une perruque de boucles synthétiques turquoise et des bas résille. Des seins laiteux, fortement comprimés, jaillissent d’une guêpière en vinyle noir et brillant. Je lui laisse les cils blancs et le ridicule bonnet de feutre avec des champignons.

Le résultat est tellement insensé que je me prends en flagrant délit de la dévisager, un grand sourire collé sur la tronche. Elle me jette un regard en retour – et avant que j’aie eu le temps de reprendre ma tête habituelle, elle me rend mon sourire !

C’est-à-dire – est-ce que c’est vraiment elle ?

La femme beige, celle qui se recueille devant une vieille pierre grise en se pinçant ses lèvres pâles, elle peut donc sourire ainsi ?

Comme une gamine en vacances, ou comme une môme devant son premier vélo. La même risette heureuse et totale que la petite fille avec son arrosoir rose devant l’autre tombe.

On n’en sort pas, le mécanisme se grippe. Chacun de nous s’est mis en phares et aucun ne cède face à l’autre.

C’est quoi ce truc ?

Est-ce que je suis censé faire quelque chose ? Dire « vous venez souvent ici ? Pas mal de monde aujourd’hui – qu’est-ce que vous pensez de la chapelle ? » ou commencer à lui faire du genou ?

Puis quelqu’un débranche la prise et on détourne la tête, tous les deux. "

 


Le mec de la tombe d'à côté - Katarina Mazetti

Gaïa Editions, Collection Babel, 254 pages, 2009.

ISBN: 978-2-7427-7190-5

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La librivore 18/09/2010 10:53


J'ai beaucoup entendu parler de ce livre. A l'occasion, je le lirai.


Mona 18/09/2010 15:14



Je peux te le prêter si tu veux, pour une fois c'est un livre qui m'appartient !